L'octocoptère de Greenpeace monte après avoir largué un fumigène enflammée sur le toit d'un bâtiment de piscine à combustible nucléaire à La Hague, en Normandie. Image : Greenpeace France

France : Greenpeace survole un site nucléaire en Normandie avec deux c-drones et largue un fumigène sur un toit

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Le groupe écologiste Greenpeace France a piloté vendredi matin deux c-drones, dont l’un a déclenché une fusée éclairante de détresse, à La Hague, la plus grande installation de traitement de combustible nucléaire du monde. Aucun dommage n’a été signalé.

Un communiqué de presse, un enregistrement vidéo et des photographies ont été publiés par le groupe militant vers midi sur leur site web et via les médias sociaux pour attirer l’attention sur les quatre bâtiments de la piscine vieux de 30 ans, affirmant que la protection des structures était insuffisante tout en stockant une plus grande quantité de combustible radioactif usé que les bâtiments ont été conçus pour gérer.

Le groupe a déclaré dans sa déclaration :

Greenpeace a démontré, une fois de plus, que les installations nucléaires françaises ne sont pas suffisamment protégées contre les risques d’agression externe. Mais ce qui est particulièrement choquant, c’est que ce drone ait pu allumer des fumigènes de détresse sur le toit de la piscine, c’est-à-dire le point faible d’un bâtiment contenant la plus grande quantité de matières radioactives dans le monde.

Le combustible nucléaire usé est hautement radioactif et est maintenu au frais dans des piscines d’eau pour y être retraité pendant plusieurs années. La centrale nucléaire de La Hague, la plus grande du monde en termes de tonnage selon le promoteur de l’industrie, l’Association mondiale pour le nucléaire, traite le combustible de la France et d’autres pays. Les États-Unis ne retraitent pas le combustible nucléaire usé, préférant l’enfouir, selon l’Union of Concerned Scientists.

Le site de La Hague et ses transferts de matières nucléaires sont régulièrement visés par Greenpeace, ainsi que d’autres sites nucléaires en France ; en juillet dernier, le groupe a piloté un mannequin de Superman dans la centrale nucléaire du Bugey. Hier, lors de l’incident de La Hague, un drone a filmé un deuxième, un grand octocoptère qui a enflammé et largué une cartouche de fumée sur le toit d’un bâtiment. Le drone porteur de fusées éclairantes semblait être le modèle S1000 de Dà-Jiāng Innovations (DJI), leader du marché mondial. Alors que la bombe à fumée émettait une fumée brune, puis orange rougeâtre, les deux drones montèrent, partageant le ciel avec une volée de mouettes et quittèrent les lieux. La gendarmerie a été appelée d’urgence ; ils ont arrêtée et fouillé des véhicules à proximité, mais il n’y a pas eu d’arrestation. Greenpeace n’a pas identifié les pilotes de drones.

Des torches de détresse maritimes, souvent enflammées par une corde, sont facilement disponibles dans le Cotentin, qui compte des dizaines de ports, grands et petits. L’isolement de la péninsule du continent est la principale raison de la construction des centrales nucléaires de Flamanville et de La Hague.

Dans une communiqué, Orano, auparavant Areva il y a un an, a déclaré :

Ce matin, Orano la Hague a détecté l’intrusion de deux drones dans l’espace aérien du site, dont l’un a déposé un fumigène sur le toit d’une des piscines. Le survol de ces drones n’a eu aucun impact sur la sûreté des installations et le personnel. Les autorités ont été immédiatement informées. Orano condamne le survol de son site de la Hague et annonce d’ores et déjà qu’une plainte sera déposée.

Orano a nié sur Twitter que les piscines étaient saturées et que les toits en tôle des bâtiments de la piscine étaient inadéquats. Une étude réalisée en 1990 sur les quatre bâtiments de la piscine à La Hague, disponible en ligne auprès de l’Agence internationale de l’énergie atomique [PDF], indique qu’un mur en béton de 50 cm (19,7 pouces) de type utilisé à La Hague peut résister à l’impact d’un petit avion de 2000 kg (4400 lb) tel qu’un Cessna 210. Cependant, un toit en tôle serait probablement beaucoup plus faible. Cela dit, l’étude mentionne que si un tel « projectile » tombait dans la piscine, son énergie cinétique serait absorbée par l’eau et la piscine ne serait pas endommagée. Le C-Drone Review n’a pas trouvé d’études plus récentes d’impact accidentel pour le site, par exemple utilisant la modélisation informatique, d’un petit accident d’avion sur un toit en acier ou la possibilité d’une attaque aérienne avec des explosifs tels que la tentative d’assassinat échoué sur le président du Venezuela en août.

En France, le survol des sites nucléaires est interdit. Les contrevenants peuvent être condamnés à un an d’emprisonnement et à une amende allant jusqu’à €75.000 ($85.000). La base de données cartographique officielle française Géoportail pour les pilotes de drones indique clairement la zone d’exclusion de 5 km entourant l’usine de La Hague, tout comme l’application Airmap. DJI fournit un « géofencing » de sites sensibles tels que des aéroports via sa base de données Geospatial Environment Online (GEO), lancée en 2016, qui limite le vol des drones DJI sur la base de la géolocalisation GPS (Global Positioning System) ; un drone atterrira ou reviendra à son point de décollage si une zone d’exclusion aérienne (NFZ) est franchi (les pilotes professionnels peuvent désactiver temporairement ces restrictions en soumettant à l’avance des formulaires justifiant leur plan de vol). Cependant, la version en ligne de la carte GEO de DJI ne semble indiquer aucune restriction en place pour le survol de la zone d’exclusion de La Hague, ce qui constitue un oubli grave si tel est le cas. DJI rappelle cependant aux utilisateurs que les zones d’exclusion ne sont données qu’à titre d’information et qu’il incombe au pilote de respecter les lois et réglementations locales.

En France, depuis le 1er janvier, les pilotes de drones amateurs doivent enregistrer leurs drones pesant plus de 800 grammes sur le portail AlphaTango et suivre une mini-session de formation en ligne sur le site FoxAlphaTango.